PPL renforçant la lutte contre le système prostitutionnel : pourquoi je me suis abstenu.

Written by Daniel Vaillant. Posted in A l'assemblée, Daniel Vaillant

Le 4 décembre dernier, l’Assemblée nationale votait la proposition de loi du groupe socialiste, républicain et citoyen « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » par 268 voix. Lors de ce scrutin, j’ai fait le choix de l’abstention pour une série de raisons que j’ai souhaité évoquer ici.

Il m’apparait avant tout essentiel de réaffirmer que la prostitution, qui concerne majoritairement les femmes, ne saurait être considérée comme acceptable dans notre société. Si ce phénomène peut être admis comme l’héritage d’une structure sociale archaïque, où les femmes « objet » avaient vocation à se plier au bon vouloir des hommes, il est évident qu’on ne peut pas laisser libre cours à ce genre de raisonnement de nos jours.

Mais aujourd’hui, des femmes et des hommes, disposant pleinement de leur libre-arbitre, pratiquent toujours cette activité dans notre pays. Aussi regrettable que soit ce phénomène, je reste toutefois convaincu que c’est par l’éducation et la réussite sociale que nous parviendrons à y mettre un terme. Dans toutes nos écoles, dès le plus jeune âge, nous devons apprendre à nos enfants ce qu’est l’égalité entre les femmes et les hommes, et que d’aucune manière le recours à la marchandisation de son propre corps ne doit être une voie de subsistance. Mais comment justifier que la loi vienne empêcher une personne, libre de toute emprise mafieuse, de tout réseau de traite, de s’adonner à cette activité ?

Parce qu’en prétendant vouloir s’attaquer au « système prostitutionnel », le seul effet de cette loi si elle parvient au terme du processus législatif, sera d’empêcher – presque toutes – les personnes volontairement prostituées de poursuivre leur activité. « Presque », parce que nous savons pertinemment que la prostitution « haut de gamme » continuera tranquillement à couler des jours heureux sans être tracassée par les forces de Police.

En revanche, en affichant la volonté partagée par tous d’éradiquer les réseaux de proxénétisme mafieux qui exploitent des milliers de femmes dépossédées de toute dignité, le texte ne prévoit pas la mise en place de moyens à la hauteur de ses nobles ambitions, qui lui auraient octroyé cohérence et efficacité. Est-ce une réponse aux nuisances que constituent les passes dans les cages d’escaliers des nombreux immeubles de quartiers concernés par la prostitution ? Quel signal envoie-t-on aux habitants de ces quartiers en supprimant le délit de racolage ?

La pénalisation est ici un symbole qui, aussi fort soit-il, n’aura pour seul effet que de satisfaire les consciences de personnes qui sont bien éloignées des réalités du terrain. Concrètement, la pénalisation du recours à un.e prostitué.e par un client sera extrêmement difficile à constater, de l’avis même des services de Police. C’est donc sur son effet dissuasif que certains fondent un espoir vraisemblablement démesuré tant, en pratique, il sera possible pour les contrevenants de dissimuler leurs actes. En conséquence, le texte risque non seulement d’être inapplicable, mais également de rendre les clients irréductibles plus méfiants, fragilisant encore un peu plus les prostitué.es en les contraignant à plus de clandestinité.

En somme, si je partage tout naturellement l’objectif de mettre un coup d’arrêt à la traite humaine qui constitue la plus grande partie de la prostitution dans notre pays, je reste convaincu que l’angle et les moyens choisis ne sont pas pertinents.  C’est pourquoi j’ai souhaité m’abstenir sur ce texte qui, je le crains, sera inopérant face au fléau qu’il prétend combattre.